Explication des mises à jour de Claude AI : confidentialité et vie privée en jeu ?

Le 28 septembre, Anthropic a introduit des mises à jour importantes dans les conditions d'utilisation et la politique de confidentialité de son modèle d'IA populaire, Claude. Bien que ces mises à jour puissent sembler purement procédurales, elles marquent un changement dans la manière dont les données des utilisateurs sont traitées et, pour de nombreuses entreprises, elles pourraient modifier fondamentalement la signification du terme « confidentialité » à l'ère de l'IA générative.

Qu'est-ce que Claude AI ?

Claude est un modèle linguistique à grande échelle développé par Anthropic, une société de recherche en IA fondée par d'anciens employés d'OpenAI. À l'instar de ChatGPT, Claude peut générer du texte, résumer des documents, rédiger des e-mails, analyser des données et aider à accomplir des tâches de raisonnement complexes.

Claude est actuellement disponible via différents niveaux d'accès, notamment des comptes Free, Pro, Team et Enterprise, et peut également être intégré via une API ou des plateformes telles qu'Amazon Bedrock. Sa polyvalence et sa réputation de produire des réponses nuancées et de haute qualité en ont fait l'un des outils d'IA les plus populaires parmi les professionnels, notamment les avocats, les écrivains et les stratèges commerciaux.

Cependant, avec les récentes mises à jour des conditions d'utilisation et de la politique de confidentialité d'Anthropic, les utilisateurs sont désormais confrontés à une question cruciale : quel contrôle ont-ils réellement sur les données qu'ils partagent avec Claude ?

Un tournant pour les données et l'IA

Dans le cadre du nouveau dispositif, Claude AI commencera à utiliser les données de tous les comptes consommateurs, y compris les niveaux Free, Pro et Team, pour entraîner ses modèles. Seules les organisations ayant souscrit un contrat Commercial ou Enterprise resteront totalement exemptées de ce processus d'entraînement des données.

Cette distinction peut sembler subtile, mais elle a d'énormes conséquences pratiques. Des milliers de petites et moyennes entreprises qui utilisent des comptes consommateurs payants pourraient désormais alimenter involontairement les pipelines d'entraînement de l'IA avec des informations sensibles. En d'autres termes, payer pour Claude Pro ne signifie pas nécessairement que vous êtes protégé.

L'illusion des comptes « professionnels »

L'une des questions les plus urgentes est la classification trompeuse des comptes. Le terme « Pro » suggère intuitivement une confidentialité de niveau professionnel. Pourtant, dans les nouvelles conditions d'Anthropic, les comptes Pro et Team restent clairement dans la catégorie des consommateurs.

Cela crée un angle mort en matière de conformité pour les entreprises qui traitent des données réglementées ou sensibles. Un cabinet d'avocats utilisant un compte Pro à 20 dollars, par exemple, pourrait croire qu'il protège les communications avec ses clients alors qu'en réalité, ces conversations pourraient être intégrées dans les ensembles de données d'entraînement de l'IA.

Par ailleurs, la véritable protection commerciale ne s'applique qu'aux comptes Claude for Work, Enterprise ou API régis par des conditions commerciales distinctes. Ces contrats interdisent explicitement l'entraînement des modèles sur les données des clients et comprennent des garanties plus strictes en matière de traitement et de conservation des données.

La politique mise à jour introduit également une nouvelle période de conservation des données de cinq ans, ce qui représente une augmentation considérable par rapport aux conditions précédentes. Ce changement signifie que les interactions des utilisateurs pourraient persister beaucoup plus longtemps qu'auparavant, ce qui soulève des questions sur l'exposition à long terme des données, leur récupérabilité et la conformité avec les réglementations en matière de confidentialité en constante évolution, telles que le RGPD ou la loi britannique sur la protection des données.

Le cadre contractuel d'Anthropic ressemble désormais à un écosystème juridique à plusieurs niveaux, combinant les conditions d'utilisation, la politique de confidentialité et la politique d'utilisation, chacune régissant différentes catégories d'utilisateurs. Cette complexité signifie que la compréhension des documents qui s'appliquent à votre compte n'est pas seulement administrative ; elle détermine vos droits de propriété sur les données, vos obligations de confidentialité et votre risque d'exposition.

Les utilisateurs consommateurs peuvent techniquement « se désinscrire » de la formation, mais ce paramètre est activé par défaut. À moins que les entreprises ne révisent et ne mettent à jour activement leurs préférences, elles peuvent déjà participer à la formation sans s'en rendre compte.

Ce que les entreprises doivent faire maintenant

Pour les organisations qui utilisent Claude ou toute autre plateforme d'IA générative, les implications sont immédiates.

Voici les priorités que les chefs d'entreprise et les responsables de la conformité doivent se fixer :

  1. Identifiez votre type de compte. Vérifiez si votre accès à Claude relève des conditions d'utilisation grand public ou commerciales. Payant ne signifie pas toujours protégé.

  2. Passez en revue la politique de confidentialité et les options de désinscription. Assurez-vous que les autorisations de formation sont correctement configurées pour votre cas d'utilisation.

  3. Réévaluez vos pratiques en matière de partage de données. Évitez d'entrer des données sensibles, réglementées ou confidentielles dans des modèles d'IA grand public.

  4. Négociez des protections contractuelles. Pour une utilisation en entreprise, insistez sur la mise en place d'accords formels de traitement des données (DPA) et de conditions commerciales qui restreignent explicitement l'utilisation des données.

Un tournant dans la gouvernance de l'intelligence artificielle

La récente mise à jour de la politique d'Anthropic représente plus qu'une simple révision contractuelle isolée, elle pourrait annoncer une transformation plus large de l'évolution de la gouvernance de l'IA dans le secteur privé. À mesure que les systèmes d'intelligence artificielle s'intègrent de plus en plus dans les flux de travail professionnels et commerciaux, la tension entre le progrès technologique et la protection des données devient plus complexe et plus importante.

Ce changement met en évidence une réalité émergente pour les professions fondées sur la confidentialité et la confiance, telles que le droit, le conseil, la santé et l'éducation. La question n'est plus de savoir si l'IA doit être utilisée, mais comment elle peut être gérée de manière responsable. En ce sens, la protection des données a dépassé le cadre de la simple conformité réglementaire.

Comment Gerrish Legal peut vous aider?

Gerrish Legal est un cabinet juridique numérique et dynamique. Nous sommes fiers de prodiguer des conseils juridiques experts et de haute qualité à nos précieux clients. Nous sommes spécialisés dans de nombreux aspects du droit numérique tels que le RGPD, la confidentialité des données, le droit numérique et technologique, le droit commercial et la propriété intellectuelle.

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Article de Nathalie Pouderoux, Consultante pour Gerrish Legal

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